C'est du franglais ?

Start up, community manager, brainstorming, bingdrinking, business model, street art... Peut-être connaissez-vous leur traduction française, mais toujours est-il que ces termes sont quotidiennement employés en anglais dans de nombreux pays. Chaque année, les dictionnaires suppriment des entrées pour faire apparaître de nouveaux mots, des expressions qui se répandent ou encore des traductions de mots adoptés issus d'autres langues. Avec la mondialisation, l'emploi de termes étrangers se banalise. Les réalités nouvelles peuvent être exprimées en français, encore faut-il le vouloir et connaître ces traductions.
Start up, community manager, brainstorming, bingdrinking, business model, street art... Peut-être connaissez-vous leur traduction française, mais toujours est-il que ces termes sont quotidiennement employés en anglais dans de nombreux pays. Chaque année, les dictionnaires suppriment des entrées pour faire apparaître de nouveaux mots, des expressions qui se répandent ou encore des traductions de mots adoptés issus d'autres langues. Avec la mondialisation, l'emploi de termes étrangers se banalise. Les réalités nouvelles peuvent être exprimées en français, encore faut-il le vouloir et connaître ces traductions.

Mode d'emploi :


Survolez l’image et cliquez sur le curseur au centre de la barre pour passer d’une langue à l’autre. Vous découvrirez dans cet avant/après la traduction française de mots anglais que nous employons tous les jours.

Street art

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Le « street art » est né dans les années 1960 aux États-Unis. C’est alors le terme anglais qui s’impose pour désigner cette appropriation de l’espace urbain utilisé comme espace de création par les artistes. Cette démarche autrefois représentée par des artistes tels que Keith Haring ou Daniel Buren, trouve en Bansky sa nouvelle figure de proue.

Mais cet art autrefois illégal, marginal, hors-genre commence à s’institutionnaliser jusqu’à devenir un « art urbain contemporain ». Les salles de vente, les musées, les entreprises tendent à se le réapproprier allant à contre-courant de la démarche originale.

Brainstorming

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Le « brainstorming » tel que pensé par Alex Osborn, vice-président de l’agence de publicité américaine BBDO en 1939 pourrait se dire littéralement « tempête d’idées ». Cette technique propose la réunion d’un petit groupe autour d’une idée pour arriver à un maximum de solutions et de résolutions autour d’un projet.

Si le terme « remue-méninges » traduit le mieux cette réunion informelle pour la stimulation d’idées, cette traduction se réfère moins directement à la formalisation définie par Alex Osborn.

Storytelling

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Le « storytelling », c’est l’action de raconter des histoires mais sous-tend un univers bien plus large en anglais qu’en français : l'« histoire » ne désigne plus uniquement la fiction voire la mystification ; la « story » est tout à la fois un conte, un article de presse ou une vision politique. Ce n’est que pour ce dernier usage que l’anglais implique aussi l’utilisation d’histoire fausse pour, par exemple, remporter une victoire.

Evan Cornog, professeur de journalisme à l’université de Columbia, souligne que « la clé du leadership américain est, dans une grande mesure, le storytelling ». Mais cette manière d’illustrer une idée, de convaincre voire de persuader n’a pas attendu les publicitaires pour faire ses preuves.

La mise en récit s’apprend souvent avec la mythologie, les fables ou les récits mythiques, utilisant les émotions au sein d’une narration plus efficace que des arguments rationnels pour se faire entendre.

Spoiler

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« Divulgâcher » est une traduction possible de l’idiome anglais spoiler. Elle renvoie à l’action de divulguer prématurément un élément clé de l’intrigue d’une œuvre de fiction, ruinant ainsi l’effet de surprise ou le plaisir de la découverte. Les jeunes vont jusqu’à conjuguer ce terme « le présentateur a spoilé la fin du film », « Facebook me spoile la fin de chaque série » alors que nous pourrions, par exemple, utiliser le verbe, lui bien français, « gâcher » à défaut de « divulgâcher », encore peu répandu.

Playlist

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Une liste de lecture ou d’écoute est un ensemble de morceaux ordonnés ou proposés de manière aléatoire. Les géants de l’industrie musicale, pour beaucoup implantés dans la Silicon Valley, imposent le terme « playlist » au dépend de la terminologie française. Spotify, Deezer, Apple proposent par exemple, des listes de lecture spécial accouchement, pour le sport, pour la concentration, pour l’été, etc.

Les radios ou les DJ utilisent davantage le terme « playlist » dans un univers très international où les mots spécialisés sont souvent employés par toutes les nationalités dans la langue anglaise.

 

Pure player

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Le terme « pure player » est l’exemple type du franglais. Littéralement, cela signifie  « pur joueur », déformé de l’anglais pure play qui veut dire « pur artifice » ou « tout en ligne ». La Commission générale de terminologie et de néologie a publié, le 23 mars 2014 au Journal officiel de la République française, la traduction en français « tout en ligne », dont l’utilisation est préconisée.

Cette traduction désigne toute entreprise dont le coeur de métier réside (à l’origine, du moins) dans des contenus web. « On parle par exemple d’un journal tout en ligne ou encore de l’édition tout en ligne », précise ainsi la Commission. 

Big data

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Vous ne direz plus « big data » mais « mégadonnées » si vous suivez la Commission générale de terminologie et de néologie. Il est possible de s’interroger sur la validité de cette traduction. En effet, la définition renvoie à des données structurées ou non dont le très grand volume requiert des outils d’analyse adaptés. Les médias préfèrent souvent la traduction « données massives » pour éviter le léger contresens néologique.

Méga, issu du grec ancien, veut dire « de grande taille ». Toutefois, il a un sens très précis dans son usage informatique. Ce préfixe désigne l’échelle du million alors que le terme big data en anglais ne renvoie à aucune unité de mesure spécifique.

Dès lors, cette traduction pseudo-savante dans la logique du « mégaoctet », passe à côté de l’enjeu principal de la gouvernance de ces big data, or noir de l’économie numérique. Ici dé-lexicalisés, certains nouveaux usages numériques ne trouvent pas d’équivalents parfaits.

Par opposition aux big data, les « smart data » sont le résultat du raffinement de grosses données. Là encore la traduction pêche, d’ailleurs ce terme attend toujours une traduction. Ces données intelligentes, ciblées ou affinées recherchent un préfixe pouvant s’associer avec le mot « donnée » d’origine latine.

Startup

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Dans l’imaginaire collectif, la « startup », c’est cette jeune entreprise innovante créée dans un garage de la Silicon Valley et qui finit par générer des milliards dans des open space ludiques à l’image de Facebook, Snapchat ou Apple. Mais cette connotation d’hyper croissance dans le domaine des nouvelles technologies est surtout présente dans l’utilisation que nous faisons de ce terme dans la langue française. En anglais, cela renvoie de manière vague à une entreprise naissante et innovante.

Community manager

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Même si les « Community Manager » sont très rarement appelés les « gestionnaires de communauté », ce vocable existe.  Aussi désignés sous le terme « d’animateurs de communauté en ligne », ces personnes sont chargées de développer la présence sur la toile d’une organisation en fidélisant un groupe d’internautes et en animant ses échanges dans des réseaux sociaux, des médias en ligne ou des forums.

Business

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« Business Intelligence » ou « Business Model » inspirent la performance et l'innovation quand ils sont dits en anglais. Les traductions françaises « veille économique » et « modèle économique » n'en reflètent pas moins mais n'ont pas l'aura de leurs homologues d'outre-manche qui renvoient à l’univers bouillonnant du monde des affaires.

On dit aussi « business plan » au lieu de « plan d’affaires » ou « de développement », ou encore « corporate strategy » en lieu et place de « stratégie de groupe ». De même, les grandes écoles de commerce enseignent souvent à leurs étudiants l’emploi de l’expression « supply chain » alors que le tout aussi précis « chaîne logistique » existe. La liste est longue : « business center » pour centre d’affaires, « sponsoring » pour mécénat, « deal » pour accord…

Burn out

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Le « burnout », cité pour la première fois en 1964, est un mal de plus en plus mis en avant par la médecine et la psychologie. Ce syndrome d’épuisement professionnel en français s’apparente à un état d’épuisement physique, émotionnel et intellectuel qui résulte du stress ressenti par un individu incapable de répondre aux exigences de sa profession.

La porosité des frontières entre vie privée et vie professionnelle, l’effet millefeuille des courriels s’accumulant ou encore la demande croissante de performance participent à cet état propre au monde du travail en ce vingt-et-unième siècle.

Bingedrinking

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Le « binge drinking », littéralement, « boire en faisant la bringue », renvoie à une alcoolisation très rapide. Souvent employé pour désigner ce que font les jeunes de 15 à 25 ans lors de soirées bien arrosées, les médias emploient majoritairement le terme anglais. C’est pour le domaine médical que ce terme a été traduit en français.

Avant 2003, ce phénomène méconnu en France s’apparentait déjà pourtant à un problème de santé public chez les jeunes au Royaume-Uni et aux États-Unis.
« L’hyperalcoolisation rapide » utilisée par l’Académie nationale de médecine en France semble être la traduction la plus informative quand l’« intoxication alcoolique aiguë » ou l’« alcoolisation paroxystique intermittente » peut être employée par d’autres médecins pour renvoyer à cette consommation excessive de boisson en grande quantité dans un court lapse de temps. Le grand dictionnaire terminologique du Québec leur préfère l’expression « alcoolisme périodique ».

Enfin, L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies parle d’« alcoolisation ponctuelle importante » et le Ministère de la Santé français  a tranché en faveur d’« alcoolisation massive ».
Une chose met tout le monde d’accord : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération »

Speed dating

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Le « speed dating » ou plutôt « rencontre express » désigne l’organisation de rencontres croisées au sein d’un groupe dans un temps limité. L’emploi ici du français peut porter à confusion quant à ce qu’est une rencontre express alors que le speed dating n’est pas seulement employé pour des rencontres amoureuses mais aussi dans le cadre d’entretien professionnel par exemple. 

Pourquoi pas parler franglais ?

L’homo connectus d’aujourd’hui succombe facilement à la tentation de parler franglais compte tenu de la fréquence des mises à jour nécessaires dans certains domaines spécialisés. Depuis une cinquantaine d’années, la concision des mots anglais a prévalu sur le français en informatique, en marketing ou en communication. Lorsque le « mot-dièse », en 2013, a été désigné par  le Journal officiel comme traduction du « hashtag », des réseaux sociaux, peu de personne se le sont approprié. De même, l’usage des termes français « mégadonnées » ou « tout en ligne » est rare. Linguistiquement, les acquis numériques sont fragiles.

Certains anglicismes semblent presque inévitables : le « street-art » par exemple dont l’orthographe a été adaptée avec le trait d’union au même titre que « week-end ». D’autres idiomes anglais sont entrés durablement dans les dictionnaires français ; personne ne va voir une partie de balle au pied, tout le monde dit « football » ; aucun enfant n’apprend à dire qu’il porte des « chaussures de sport » quand il reçoit ses premières « baskets ». D’ailleurs, ces termes ne veulent pas dire la même chose en anglais. 
Pour dire des baskets, les Américains disent des « sneakers ». Pour dire qu’ils ont joué au foot, ils emploient le terme « soccer ».

Mais certains mots s’éloignant trop de la morphologie française tendent à dénaturer la syntagme. Les mots en « ing » tels que parking, brainstorming, breaking news sont condamnés par les linguistes d’autant plus que la plupart des anglicismes trouvent un équivalent tout aussi fringant : « heure de grande écoute » à la place de « prime time » et « avant-soirée » pour l’access prime time, « bande-annonce » au lieu de « trailer », « boîtier » au lieu de box », « audition » pour « casting », « cinéma à domicile » pour « home cinema ». Cette liste non exhaustive ne fait que montrer la richesse des traductions de la langue française.

Pour finir, avec l’académicien Patrick Vanier nous pouvons dire que les anglicismes en français sont loin d’être nouveaux. Ces emprunts sont anciens. Nous pouvons citer dès les années 1700 gentleman, avant 1800 gin, méthodisme, pickpocket, stick, entre 1800 et 1850 autobiographie, bifteck, job, sinécure, avant 1900 base-ball, building, dribbleur, goal, visualiser, entre 1900 et 1920, autocar, chewing-gum, vitamine, avant 1940 bulldozer, chips, dévaluer, holding, technicolor, entre 1940 et 1960, jet, marketing, offshore, pop, sexy, station service et enfin après 1960, audit, jogging, kart, patch, patchwork, permissif, pesticide, etc. La liste est bien interminable.

Pour aller plus loin

L’équipe d’Apprendre et Enseigner vous suggère aussi les sites suivants afin de poursuivre la réflexion :


France terme : moteur de recherche pour trouver l’équivalent de mots anglais en français.
Vous pouvez le dire en français : des brochures courtes de quatre pages avec des équivalents autour d’un thème donné.
La librairie : des fascicules avec beaucoup de vocabulaire autour d’un champ lexical.
WikiLF : un wiki pour où l’on peut proposer des traductions pour de nouveaux mots.
Le grand dictionnaire terminologique : site de l’office québécois de la langue française permettant de retrouver tous les termes préconisés par l’Office.
Banque de dépannage linguistique : des réponses à des questions de langue.

Crédits

Images :
© Thinkstock / Getty

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