Les holorimes

Contrairement à des vers classiques qui ne font rimer que la dernière syllabe, les vers holorimes font rimer l’intégralité du vers de sorte que pris séparément, il nous semble entendre la même phrase alors que les mots sont différents. Ces vers sont entièrement homophones.
Ma femme
M'affame.
Philippe Geluck

Le premier sonnet entièrement constitué de vers holorimes a été composé par Jean Goudezki (1866-1934) en 1892 et dédié à Alphonse Allais (1854-1905) : 

 

Invitation

Je t'attends samedi, car Alphonse Allais, car
À l'ombre, à Vaux, l'on gèle. Arrive. Oh ! la campagne ! 
Allons — bravo ! — longer la rive au lac, en pagne ; 
Jette à temps, ça me dit, carafons à l'écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche !
L'attrait (puis, sens !) : une omelette au lard nous rit,
Lait, saucisse, ombre, thé des poires et des pêches,
Là, très puissant, un homme l'est tôt. L'art nourrit.

Et, le verre à la main, — t'es-tu décidé ? Roule
Elle verra, là mainte étude s'y déroule,
Ta muse étudiera les bêtes ou les gens !

Comme aux dieux devisant, Hébé (c'est ma compagne) …
Commode, yeux de vice hantés, baissés, m'accompagne…
Amusé tu diras : « L'Hébé te soûle, hé ! Jean ! »

D’autres exemples de vers holorimes :

« Et ma blême araignée, ogre illogique et las
Aimable, aime à régner, au gris logis qu’elle a
» - Victor Hugo

« Dans ces bois automnaux, graves et romantiques,
Danse et bois aux tonneaux, graves et rhums antiques
» - Jacques Prévert.

« Par les bois du Djinn, où s'entasse de l'effroi,
Parle et bois du gin !… ou cent tasses de lait froid
. » — Alphonse Allais

Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime,
Galamment de l'arène à la tour Magne, à Nîmes. » — Marc Monnier

« Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Où, dure, Ève d'efforts sa langue irrite (erreur !)
Ou du rêve des forts alanguis rit (terreur !)
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses.
» — Charles Cros, Le Coffret de santal, 1873

« Danse, prélat ! L'abbé t'apprit l'air en plain-chant !
Dans ce pré-là, la bête a pris l'air en pleins champs.
» — Luc Étienne

« Étonnamment monotone et lasse
Est ton âme en mon automne, hélas !
» - Louise Vilmorin

« L'aubépine dort sale dès qu'on descend dans
l'aube, épine dorsale des condescendants.
» — Dominique Massaut

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